Un poste à responsabilité engage à assumer ses responsabilités
Dans ses réactions publiques après sa condamnation, Gilles Bourdouleix, maire de Cholet, affirme que le jugement présenterait un « caractère politique ».
Deux questions suffisent à éclairer ce positionnement.
Fait-il glisser la victimisation vers lui ?
En qualifiant la décision de « politique » et en évoquant une justice qui « réglerait ses comptes avec des élus », le centre du récit se déplace.
La discussion ne porte plus prioritairement sur les victimes du drame ni sur les manquements relevés par le tribunal, mais sur la situation de l’élu face à une institution présentée comme partisane.
La figure de la victime symbolique glisse ainsi des personnes touchées par le drame vers celui qui est jugé.
N’est-il pas logique de chercher la responsabilité du maire ?
Dans un événement public organisé sur le territoire communal, la question du rôle du maire est juridiquement inévitable.
Il ne s’agit pas de lui imputer le drame en tant qu’auteur, mais d’examiner s’il a correctement exercé ses pouvoirs en matière d’organisation et de sécurité.
Chercher la responsabilité du maire n’est donc pas une démarche politique : c’est la conséquence directe de sa fonction.
Un déjà-vu
Dans un premier temps, Gilles Bourdouleix a publiquement mis en cause les parents des victimes.
À l’ouverture du procès, un reportage télévisé diffusé par le tribunal le montrait affirmant que les spectateurs proches du pas de tir étaient « les premiers fautifs », propos qui ont suscité la colère de plusieurs victimes présentes à l’audience.
Sous l’effet des critiques, il est ensuite revenu sur ses déclarations, expliquant qu’il les avait tenues le matin du 15 juillet, après une nuit sans sommeil, et reconnaissant que « bien évidemment, on ne peut rien reprocher aux victimes ».
Une fois le verdict rendu, le même mécanisme se reproduit : après avoir d’abord désigné les parents, puis corrigé ses propos sous la pression, il s’en prend désormais à l’institution judiciaire elle-même, en dénonçant un jugement qu’il qualifie de « politique ».
Cette rhétorique rappelle-t-elle celle de Marine Le Pen ?
On peut faire le rapprochement sur la forme du discours.
La dénonciation d’une justice « politisée » et l’idée que les magistrats « s’en prendraient » à une catégorie de personnes — ici les élus — rappellent un registre régulièrement employé par Marine Le Pen dans ses propres affaires judiciaires.
Dans les deux cas, le mécanisme est identique : déplacer le débat depuis les faits et les manquements reprochés vers une mise en cause de l’institution judiciaire elle-même, présentée comme engagée ou partiale.
Il ne s’agit pas d’assimiler les situations, mais de constater une similitude de stratégie discursive : transformer une mise en cause pénale en procès fait à la justice.
Assumer ses responsabilités
Jusqu’à preuve du contraire, Gilles Bourdouleix n’est pas mort.
Il n’a pas à vivre le deuil de parents qui ont perdu deux enfants, ni celui des autres victimes, qui devront continuer à composer avec des blessures physiques et un traumatisme psychologique durable.
Il peut même briguer un énième mandat de maire, puisqu’il se présente à sa propre succession, soutenu par ses partisans.
Dans ce contexte, le glissement consistant à déplacer la figure de la victime vers l’élu poursuivi constitue une outrance à la mémoire de toutes les victimes.
Il est des circonstances qui n’appellent ni la mise en scène de soi, ni la dénonciation publique des institutions, mais simplement la retenue et la discrétion.
En tant que citoyen choletais, je n’attends pas que les responsables soient irréprochables, mais qu’ils assument leurs responsabilités.