Pendant des siècles, le pigeon a eu une véritable fonction économique et sociale.
Il transportait des messages, participait à des stratégies militaires, servait de source de nourriture ou de production d'engrais. Sa présence auprès de l'homme avait une utilité concrète.
Puis ce qui faisait sa valeur a disparu.
Le télégraphe est apparu.
Sa fonction de messager est devenue beaucoup moins utile. Le pigeon voyageur existe encore aujourd'hui, mais son rôle dans la transmission des informations est devenu anecdotique.
Ce constat peut sembler mineur. Pourtant, il raconte quelque chose de beaucoup plus profond.
Aujourd'hui, le débat porte sur l'intelligence artificielle, l'automatisation ou les robots. Certains découvrent avec inquiétude que des métiers entiers pourraient perdre une partie de leur utilité sous l'effet des nouvelles technologies.
Ce phénomène n'est pas nouveau. Il est même vieux de 3 500 ans.
Une étude archéologique récente dont fait mention Le Figaro rappelle que les pigeons vivaient déjà au contact étroit des humains il y a environ trois millénaires et demi. Ce qui signifie que depuis tout aussi longtemps, les hommes délèguent des fonctions à d'autres — animaux, machines, algorithmes — et que ces fonctions finissent un jour par leur être reprises.
Lorsqu'une technologie apparaît, elle ne crée pas uniquement de nouveaux usages. Elle rend d'anciennes fonctions secondaires, puis inutiles.
Hier, un pigeon pouvait être indispensable à la transmission d'une information urgente.
Aujourd'hui, il erre dans les villes comme une présence banale, alors qu'il occupait autrefois une fonction essentielle dans les sociétés humaines.
Derrière cette histoire vieille de plusieurs millénaires se cache une question très actuelle.
Quand une technologie remplace une fonction, que devient celui qui l'occupait ?
La réponse n'a jamais été simple. Et elle ne l'est toujours pas.