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Fais des bébés : pas question !

Fais des bébés : pas question !
Cette parole
publiée le 11/08/2026
cognitionPhilosophie

En 1987, Jean-Jacques Goldman sort Entre gris clair et gris foncé.

Un double album, au sommet de sa décennie. Tout le monde connaît les titres qui en sont sortis en single, ceux qui ont tourné en boucle sur toutes les radios de France.

Fais des bébés n'en fait pas partie. Jamais sortie en single, jamais poussée. Une chanson d'album, de celles qu'on découvre parce qu'on écoute le disque en entier, dans l'ordre, dans une chambre, un soir.

C'est celle-là qui m'a eu.

En 1987, j'ai quinze ans.

Et j'ai déjà une position claire sur la question des enfants, qui n'est pas négociable. Vu d'où je viens, vu l'état du monde, je ne vois aucune raison valable de faire entrer quelqu'un là-dedans. Ce n'est pas de la coquetterie d'adolescent sombre : c'est un raisonnement, il tient debout, et je n'ai jamais rencontré personne qui l'ait démonté.

Et puis il y a ce vers, au milieu de la chanson, qui met dans la même phrase la bombe et le cerveau capable de l'empêcher de tomber.

« Ça f'ra p't'être des cadavres pour leurs saletés de bombes, mais aussi des cerveaux pour ne pas qu'elles tombent »

Ce que je reconnais, c'est qu'un même objet peut produire une chose et son contraire.
Ce qui change, c'est l'intention. Et ce qui bouge, c'est ma position.

Je me pense du côté de ceux qui subissent le monde ; la phrase me met du côté de ceux qui le peuplent. L'enfant cesse d'être une victime supplémentaire qu'on ajoute au tableau pour devenir une chance qu'on prend. Il devient la solution pour un monde meilleur.

Et ça tient parce que c'est chanté.
Un essai aurait mis trois pages à installer cette ambivalence, et il l'aurait affaiblie en la déroulant.

Là, les deux possibilités sont dans le même souffle, symétriques, sans arbitrage; on ne peut pas prendre l'une sans l'autre. La forme fait ce que l'argument n'arrive pas à faire : elle rend la chose indiscutable parce qu'elle la fait entendre au lieu de la démontrer.

Je n'ai pas été convaincu.
J'ai été déplacé.

Ces paroles m’ont permis de vivre ma plus belle rencontre.

Mon fils.
Trois choses la caractérisent : l’altérité, le changement personnel et la responsabilité, la plus importante de toutes mes responsabilités. (Charles Pépin)

Reste une chose que cette rencontre m’a apprise, et qui appelle un autre texte : un nouveau-né a des besoins, pas des sentiments. Un parent aime déjà. Personne n’y voit un échec.

Voilà pourquoi j'ouvre cet espace.
Pas pour expliquer des chansons mais pour raconter ce que des paroles font aux gens quand elles arrivent au bon moment, sans prévenir.

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