Le 18 octobre 1985, Daniel Balavoine sort l'album « Sauver l'amour ».
Ce sera son huitième album, et le dernier — le plus vendu de sa carrière, plus d'un million deux cent mille exemplaires. Il l'a composé chez lui à Colombes, sur son Fairlight, avant d'aller l'enregistrer en Écosse. À sa sortie, il confie à RTL qu'il l'aime tellement qu'il aimerait que ce soit le dernier. Il meurt le 14 janvier 1986.
J'ai 13 ans, presque 14.
J'ai appris sa mort un matin en entrant au collège. Christophe, un copain, m'attendait pour me l'annoncer. Le choc !
Aimer est plus fort que d'être aimé sort en 45 tours en novembre de la même année, dix mois après sa mort. Dernier extrait de l'album, dernier single. Il n'entre jamais dans le Top 50.
Le titre est une phrase entière, et c'est rare.
Pas une image, pas une formule mais une affirmation, qui se tient seule et qu'on peut discuter.
Alors on la discute.
Aimer est un acte : il part de moi, j'en dispose, personne ne peut me l'enlever.
Être aimé est un état : je ne le décide pas, je ne le produis pas, il dépend entièrement de quelqu'un d'autre. Dire que le premier est plus fort, ce n'est donc pas une consolation d'éconduit.
C'est un simple constat de propriété : le seul amour dont je dispose vraiment est celui que je porte.
L'amour n'a pas besoin de retour pour être entier.
L'amour qu'on a pour une œuvre, pour un disque, pour un chanteur, même pour son enfant à sa naissance, ne peut pas être rendu. Un artiste aime un public, il n'aime personne en particulier. Un parent aime son enfant même avant sa naissance, aucune réciprocité pendant plusieurs mois avant et après la naissance.
Pourtant personne n'a jamais dit d'un tel amour qu'il avait échoué.
Ce qui pose la question que la phrase laisse ouverte
Pourquoi, entre deux personnes, l'amour non rendu passe-t-il pour un échec, alors que sous toute autre forme il est tenu pour normal, et parfois pour le plus pur ?
Peut-être parce qu'on y a mêlé autre chose que de l'amour, un besoin de réponse, de place, de garantie.
Et il faut savoir où Balavoine place cette phrase.
Elle ne clôt pas une chanson d'amour.
Elle clôt le refrain d'un texte sur quelqu'un qui affronte des regards hostiles, qui refuse qu'on le fonde dans la masse, qui dit ce qu'il a à dire contre ceux qui voudraient l'étouffer.
Ce qui le porte, ce n'est pas d'être aimé.
C'est ce qu'il aime.
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