Ce que disent l’histoire, le calendrier et l’usage social
Chaque année, la même question revient : quand est-il approprié de souhaiter les vœux de la nouvelle année ? Et chaque année, on voit apparaître des messages de « bonne année »… avant même que l’année n’ait commencé.
Pourtant, en France, l’usage est clair — non pas par superstition, mais par construction historique et sociale.
Une évidence calendaire : on ne souhaite que ce qui existe
Souhaiter « bonne année 2026 » avant le 1er janvier 2026 pose un problème simple : au moment où le vœu est formulé, l’année 2026 n’existe pas encore.
Dans toutes les sociétés fondées sur un calendrier civil (romain, julien, grégorien), les rites de passage sont liés à un franchissement effectif :
• un jour commence à minuit,
• une année commence à minuit le 1er janvier,
• et les vœux accompagnent ce passage, ils ne le précèdent pas.
Historiquement, les Romains échangeaient des vœux et des étrennes le jour de l’an, lors des Calendes de janvier, une fois l’année engagée, sous la protection symbolique de Janus, dieu des commencements.
Il ne s’agissait pas d’anticiper l’année, mais d’en accompagner l’ouverture.
En France, une norme sociale stabilisée
En France, l’usage s’est stabilisé ainsi :
- À partir du 1er janvier, on peut souhaiter la bonne année.
- Tout le mois de janvier est socialement admis pour présenter ses vœux.
- Avant le 1er janvier, souhaiter « bonne année » est perçu comme :
• maladroit,
• prématuré,
• ou relevant d’une stratégie de communication plutôt que d’un usage culturel.
Ce n’est pas une loi, mais une norme sociale largement partagée, documentée par :
• les archives historiques (étrennes, cartes de vœux),
• les pratiques institutionnelles,
• et les usages administratifs et politiques.
Le cas particulier des responsables politiques
C’est ici que la question prend une dimension pleinement politique et symbolique.
Lorsqu’un responsable politique comme Jordan Bardella souhaite le 31 décembre 2025, « bonne année », donc,avant le 1er janvier, il ne s’inscrit pas dans un usage culturel français établi : il adopte un acte de communication anticipée, et non un geste rituel lié au passage effectif de l’année. Ce décalage est d’autant plus notable lorsque ce responsable revendique par ailleurs un attachement fort aux traditions, aux codes culturels et à l’idée d’un « cadre français » commun.
Dans les pratiques institutionnelles françaises (Présidence de la République, ministères, collectivités territoriales), la norme implicite est pourtant constante : les vœux sont formulés à partir du 1er janvier ; le 31 décembre peut donner lieu à un discours de transition, de bilan ou de perspective, mais jamais à des vœux considérés comme déjà accomplis.
Souhaiter « bonne année 2026 » le 30 ou le 31 décembre 2025 ne relève donc ni d’une tradition française, ni d’un simple détail protocolaire. C’est sortir volontairement du cadre symbolique partagé, au profit d’un tempo personnel ou médiatique.
Lorsque cette pratique émane d’un discours politique qui affirme placer « les Français d’abord », elle crée une dissonance symbolique : la tradition est invoquée comme référence, mais contournée dans l’acte même censé l’incarner.
Publication X / Twitter
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