Qui est légitime pour faire la morale sur la vie intime des autres ?

Qui est légitime pour faire la morale sur la vie intime des autres ?
Sylvainfo
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publiée le 01/02/2026
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Je ne pensais pas regarder ce type de vidéo, produite par la chaîne
Le Crayon.

Le dispositif me paraissait un peu racoleur : mettre face à face un prêtre et une ancienne actrice pornographique pour provoquer l’opposition.

Et puis, je me suis demandé ce qu’un prêtre pourrait bien répondre à une actrice qui a choisi de faire du cinéma pornographique.

Deux positions a priori opposées, qui dévoilent toutes deux une partie de leur intimité respective au public.

Ce point est central : la foi est elle-même une relation intime, personnelle, avec une divinité.

Or c’est précisément au nom de cette intimité, de cet « absolu », comme il le dit, que le prêtre prend la parole en public et intervient sur l’intimité des autres.
Une expérience présentée comme strictement personnelle devient ainsi un fondement de discours normatif.

Finalement, la discussion m’a réellement capté.

Et un point m’a frappé : la personne la plus à l’aise pour parler de ces sujets est clairement l’actrice.

Or, on pourrait légitimement attendre d’un prêtre qu’il soit, lui aussi, à l’aise avec les réalités sociales et intimes contemporaines, puisqu’il est précisément amené à conseiller des personnes sur leur couple, leur mariage et leur vie affective.

« Vous préparez les gens au mariage sans l’avoir vécu. »

À un moment très précis de l’échange, l’actrice l'affimation de l'actrice pose la seule question réellement décisive : à quel titre vous permettez-vous de donner des repères sur le mariage, l’engagement et la vie de couple, alors que vous n’avez jamais vécu la responsabilité d’un époux, ni celle d’un parent ?

La réponse du prêtre est qu’il a… des parents.
Oups 🤔

Mais être enfant de parents n’est pas une expérience du couple.
Ce n’est pas vivre la durée, les conflits, les compromis, la charge mentale, l’éducation des enfants, ni la responsabilité quotidienne d’un engagement conjugal.

La question posée n’est donc pas une attaque contre la foi. C’est une question de légitimité fondée sur l’expérience vécue.

Une autorité sans expérience vécue est-elle crédible ?

Dans cet échange, le prêtre parle pourtant de réalités humaines lourdes :

  • la fidélité,
  • l’engagement,
  • la sexualité,
  • la crise du couple,
  • la vie familiale,
  • la responsabilité parentale (peut-être ce qui est le plus important).

Sans avoir jamais traversé lui-même ces situations. Sans même vouloir en prendre une partie.

Dans tous les autres domaines à forte responsabilité humaine (santé, accompagnement, éducation), l’expérience encadrée et la formation constituent une base minimale de légitimité et de responsabilité engagée.

Ici, la légitimité du prêtre est uniquement institutionnelle et la responsabilité floue, voire inexistante.

Un point essentiel est complètement oublié dans le discours du prêtre.

S’il est là, s’il peut parler, penser, croire et s’engager, ce n’est pas l’amour de ses parents pour Dieu qui l’a fait naître, mais bien leur amour humain et leur relation de couple.
Et tout ce qu’il reconnaît implicitement à ses parents dans cet échange, c’est précisément cela : un engagement réel, concret, durable, envers un enfant.

L’absolu, aujourd’hui, n’est pas une relation spirituelle déclarée à une entité transcendante ; l’absolu de l’existence humaine, c’est d’assumer la responsabilité d’un enfant, de sa naissance jusqu’à son émancipation.

Or ce type de relation, fondée sur une responsabilité continue, asymétrique et engageant profondément sa propre vie, un prêtre ne l’aura jamais avec qui que ce soit. Il peut transmettre des textes, tenir une parole, écouter, recevoir des personnes qui viennent à lui.
Mais il n’existe ni engagement durable envers une personne dépendante, ni responsabilité réelle sur une trajectoire de vie.
Sa présence est conditionnée à la démarche de ceux qui viennent le voir ; elle n’est pas portée par une relation de responsabilité construite dans le temps.

Une évidence que le discours religieux oublie trop facilement

Ce ne sont pas les prêtres qui font exister l’humanité.
La transmission de la vie ne repose ni sur la foi, ni sur l’institution, ni sur la parole religieuse, mais sur des femmes et des hommes qui choisissent de s’engager dans une relation, de donner naissance à un enfant, puis d’assumer, jour après jour, la responsabilité de le faire grandir, de le protéger et de l’accompagner vers son autonomie.

C’est là que se situe l’absolu concret de l’existence humaine.

Parler de la famille, du couple et de la vie sans jamais participer à cette chaîne de responsabilités — donner la vie, éduquer, réparer, soutenir, tenir dans la durée — crée un décalage profond entre la parole et l’expérience.

Et c’est précisément ce décalage qui interroge aujourd’hui la légitimité de cette parole sur l’intime et sur la vie des autres.

Au fond, la prêtrise n’est-elle pas, de fait, une manière d’échapper à ces responsabilités humaines fondamentales ?

Autre vidéo très intéressante du Frére Paul-Adrien

(prêtre catholique, dominicain, créateur de contenu)

Dans cette vidéo, le prêtre compare la masturbation au fait de boire du whisky seul.

La comparaison est pourtant doublement problématique.

D’abord, sur un point strictement factuel : le whisky, comme tout alcool, est nocif pour la santé, même à faible dose. Le corps humain n’a pas besoin d’alcool. La moindre consommation sollicite inutilement le foie — et, pour le coup, il vaut mieux ne pas confondre le foie et la foi 😉

La position de l’Organisation mondiale de la santé est aujourd’hui claire : il n’existe pas de consommation d’alcool bénéfique pour la santé.

Ensuite, la comparaison avec la masturbation ne tient pas sur le plan biologique.

Boire du whisky, c’est consommer un produit extérieur.

La masturbation n’est pas une consommation : c’est un comportement biologique et physiologique, on ne peut plus naturel (offerte par Dieu, pour ceux qui y croient), au même titre que d’autres gestes par lesquels le corps se fait du bien.

On peut d’ailleurs prendre des exemples beaucoup plus simples et universels : se gratter quand ça démange, se masser un genou douloureux, faire du sport pour se faire du bien, relâcher une tension. Ce sont des régulations corporelles ordinaires. On n’a pas besoin d’être deux pour que le corps fonctionne et se régule.

Il affirme à plusieurs reprises que la masturbation mènerait à l’addiction.

Or, factuellement, ce lien direct est faux.

La masturbation, en elle-même, ne constitue pas un facteur reconnu d’addiction.
Comme pour l’alcool — ce n’est pas boire de la biêre qui rend alcoolique — l’addiction relève de mécanismes bien plus complexes : vulnérabilités psychologiques, contexte de vie, souffrance, isolement, troubles associés, stratégies d’apaisement, etc.

Confondre un comportement courant avec une dynamique addictive revient à simplifier abusivement des phénomènes cliniques qui n’ont rien d’automatique. C’est grave.

Et s’il nous parlait de son addiction à Dieu, cet absolu fondateur de son quotidien ?

Dernier point, qui n’est pas anodin dans un échange portant sur l’intime et la morale.

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