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Quand la Journée Internationale de l’éducation se confond avec la formation en entreprise

Quand la Journée Internationale de l’éducation se confond avec la formation en entreprise
Sylvainfo
Sylvainfo
publiée le 29/01/2026
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La Journée mondiale de l’éducation, célébrée chaque année le 24 janvier, est une célébration internationale instituée par l’Assemblée générale des Nations unies le 3 décembre 2018. Elle vise à mettre en exergue le rôle primordial de l’éducation dans la construction de sociétés durables, résilientes et pacifiques.

Cette journée a pour objectif de soutenir des actions transformatrices en faveur d’une éducation inclusive, équitable et de qualité pour toutes et tous, conformément à l’Objectif de développement durable n°4. Pour la communauté internationale, l’éducation constitue un levier fondamental : elle contribue à la réduction des inégalités, à la cohésion sociale, à la promotion de la paix et, plus largement, à la réalisation de l’ensemble des autres objectifs de développement durable. L’UNESCO en assure le rôle de facilitateur et de coordinateur au niveau international.

C’est dans ce cadre que, à l’occasion de cette journée, j’ai vu passer une vidéo diffusée publiquement par une grande enseigne européenne, voire internationale, mettant en scène de jeunes stagiaires, filmés et invités à expliquer ce qu’ils avaient appris au sein de l’entreprise. La vidéo était explicitement présentée sous l’effigie de la Journée mondiale de l’éducation, lui conférant ainsi une portée symbolique particulière.

Ce point de départ mérite d’être interrogé, non pas pour stigmatiser une entreprise en particulier, mais parce qu’il illustre une tendance plus large. La Journée mondiale de l’éducation est aujourd’hui largement reprise dans la communication d’acteurs économiques, ce qui n’est pas en soi problématique : le secteur privé fait partie des parties prenantes citées par la résolution des Nations unies.

Cependant, cette appropriation s’accompagne parfois d’un glissement de sens. Dans ce type de communication, ce qui est mis en avant relève essentiellement de la formation professionnelle et de la socialisation au monde du travail. Lorsqu’on interroge des stagiaires sur ce qu’ils ont appris, les réponses évoquent presque toujours la motivation, la rigueur, l’organisation ou l’autonomie. Ces apprentissages sont réels, utiles et nécessaires. Ils correspondent toutefois à des savoir-être attendus dans un cadre hiérarchique donné.

Il faut également tenir compte du dispositif de prise de parole. Lorsqu’un jeune stagiaire est filmé, exposé à l’écran et diffusé publiquement dans une vidéo de communication d’entreprise, sa parole est nécessairement contrainte. Dans un tel contexte, il est évident qu’il ne va pas aborder des sujets de remise en question : la hiérarchie, les rapports de subordination, les niveaux de rémunération, les techniques de vente, les objectifs commerciaux ou les logiques managériales observées. Non parce que ces réalités n’existent pas, mais parce qu’elles ne sont ni attendues ni dicibles dans un cadre public, asymétrique et valorisant pour l’employeur.

Ce constat n’implique ni reproche ni procès d’intention. Il rappelle simplement que ces dispositifs relèvent avant tout de la formation en entreprise, avec ses codes, ses contraintes et ses implicites, et non d’une démarche éducative au sens défini par les Nations unies.

Or l’éducation, telle que portée par l’ONU, ne se limite pas à l’acquisition de compétences ou à l’adaptation à un environnement professionnel. Elle vise aussi à comprendre le monde, à développer l’esprit critique, à analyser les cadres sociaux, économiques et hiérarchiques dans lesquels s’inscrivent les apprentissages, et à former des citoyens capables de contribuer à des sociétés plus justes, plus résilientes et plus pacifiques.

Utiliser la Journée mondiale de l’éducation pour mettre exclusivement en avant des actions de formation professionnelle revient ainsi à opérer un glissement sémantique : l’éducation est progressivement assimilée à l’employabilité, et l’apprentissage à la conformité à un cadre existant. Ce déplacement n’est pas anodin. Il réduit une ambition collective — celle de l’éducation comme bien commun — à une logique principalement économique et communicationnelle.

La Journée mondiale de l’éducation invite pourtant à une réflexion plus large. Non pas seulement sur ce que les individus apprennent à faire, mais sur ce qu’ils apprennent à comprendre, à questionner et à transmettre.

Ce type de dispositif relève ainsi d’une instrumentalisation conjointe : celle d’une cause internationale légitime — la Journée mondiale de l’éducation — et celle de jeunes stagiaires, placés dans une situation de faible pouvoir symbolique. La cause apporte une caution morale, les stagiaires apportent l’authenticité et l’émotion, et l’ensemble produit un bon coup de communication.

L’opération est efficace, valorisante pour l’image de l’entreprise, mais elle détourne le sens initial de cette journée, en transformant une réflexion collective sur l’éducation, la paix et la résilience des sociétés en un outil promotionnel centré sur la marque.

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