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Reprise de Vienna de Billy Joel avec Redheadhamgirl

Sylzic
publiée le 11/03/2026
music_noteMusique

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« Vienna » (1977) — Billy Joel

Fiche d'identité

Interprète : Billy Joel
Auteur-compositeur : Billy Joel
Album : The Stranger (5ᵉ album studio), sorti le 29 septembre 1977
Label : Columbia
Durée : 3 min 34
Production : Phil Ramone
Enregistrement : A & R Recording, New York
Musiciens notables : Billy Joel (piano, chant), Dominic Cortese (accordéon)
Arrangements orchestraux : Patrick Williams
Sortie en single : jamais en face A — publiée en face B (« Just the Way You Are » en 1977, puis « She's Always a Woman » en 1978 selon les pressages)
Certifications : triple disque de platine aux États-Unis, disque de platine au Royaume-Uni (ventes + streaming)

Contexte : une face B sur l'album qui change tout

The Stranger est le disque qui fait basculer la carrière de Billy Joel. Premier album produit par Phil Ramone — début d'une collaboration qui durera six disques —, il enchaîne les titres devenus des standards : « Movin' Out », « Just the Way You Are », « She's Always a Woman », « Only the Good Die Young ». Quatre singles sortent en Amérique du Nord. « Vienna » n'en fait pas partie.

Le morceau est relégué en face B, ce qui en dit long sur la place qu'on lui accordait à l'époque : une pièce intime, presque un intermède, coincée entre des tubes calibrés pour la radio. Musicalement, elle détonne d'ailleurs sur l'album — un piano en ouverture, une cadence en si bémol, et surtout l'accordéon de Dominic Cortese, qui installe une couleur de café viennois totalement étrangère au reste du répertoire de Joel. C'est précisément ce décalage qui fera sa longévité.

L'anecdote : la face B devenue tube quarante-sept ans plus tard

« Vienna » est resté pendant des décennies ce qu'on appelle un deep cut : un titre pour connaisseurs, joué en concert, ignoré des compilations grand public. Puis la chanson a entamé une seconde vie, d'abord grâce à son apparition dans une scène clé de la comédie 13 Going on 30 (2004), ensuite par le bouche-à-oreille des réseaux sociaux, où elle est devenue une sorte d'hymne officieux des vingtenaires — et particulièrement des jeunes femmes — qui se sentent en retard sur un calendrier imaginaire.

Le résultat est spectaculaire : « Vienna » figure aujourd'hui parmi les trois titres les plus écoutés de Billy Joel en streaming, aux côtés de « Piano Man » et « Uptown Girl », avec des centaines de millions de lectures. Columbia est allée jusqu'à produire un clip officiel en 2024, quarante-sept ans après l'enregistrement. Joel lui-même, qui cite volontiers ce morceau parmi ses préférés, a mis longtemps à comprendre ce retournement. Rares sont les faces B certifiées triple disque de platine.

De quoi parle la chanson ?

C'est une chanson adressée à quelqu'un qui court trop vite. Le narrateur s'adresse à un jeune ambitieux — Joel se parlant à lui-même, très probablement — pour lui demander où est l'urgence : pourquoi vouloir tout accomplir avant trente ans, pourquoi confondre la réussite avec la vitesse, pourquoi être à la fois si pressé et si effrayé. Le refrain répond par une promesse d'attente : Vienne ne va nulle part, elle sera encore là ensuite. Le message tient en une idée simple et étonnamment consolante — vous avez une vie entière devant vous, pas seulement une décennie pour prouver quelque chose.

Reste à comprendre pourquoi Vienne. La réponse est autobiographique. Le père de Joel, Helmut — devenu Howard aux États-Unis —, pianiste d'origine allemande, quitte la famille quand Billy est enfant et repart pour l'Europe ; son fils reste des années sans savoir s'il est mort ou vivant. Au début de la vingtaine, lors de sa première tournée européenne, il apprend que son père travaille dans un bureau à Vienne et va le retrouver. Dans la rue, il remarque une femme âgée en train de balayer le trottoir et s'en étonne auprès de son père : pourquoi confier ça à quelqu'un de cet âge ? La réponse le marque durablement — ici, on ne met pas les vieux à l'écart, ils continuent de participer à la vie de la communauté.

De ce constat naît la métaphore centrale. Joel a expliqué en interview qu'il opposait cette attitude à la façon dont son pays traite les personnes âgées, reléguées en maison de retraite et rendues invisibles. Si vieillir a un sens et une utilité, alors il n'y a aucune raison de vivre la première partie de son existence comme une course contre la montre. Vienne devient dans la chanson autre chose qu'une ville : le nom donné à ce qui vous attend plus loin, l'âge mûr, la vieillesse, tout ce qu'on redoute au lieu de le regarder venir.

Joel a lui-même reconnu que la chanson parlait sans doute de son père sans qu'il l'ait décidé consciemment. C'est ce qui explique son ambivalence de ton : la mélodie console, mais le texte est écrit par quelqu'un qui a grandi sans le modèle qu'il finit par citer. La chanson tient dans cet équilibre — un conseil de patience adressé à soi-même, formulé avec une tendresse qui ne demande rien en retour.

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