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Cover solo : So cold the night des Communards

Sylzic
publiée le 02/06/2023
music_noteMusique

« So Cold the Night » (1986) — The Communards

Fiche d'identité

Interprètes : The Communards (Jimmy Somerville et Richard Coles)
Auteurs-compositeurs : Jimmy Somerville et Richard Coles
Album : Communards (1ᵉʳ album), sorti le 14 juillet 1986
Sortie en single : 17 novembre 1986
Face B : « When the Walls Come Tumbling Down » (« Never No More » en supplément sur le maxi 45 tours)
Label : London Records
Durée : 4 min 39 (version single), 5 min 45 (version album)
Production : Mike Thorne
Enregistrement : Milo Studios, Londres
Meilleurs classements : n° 4 en Irlande et en Espagne, n° 7 en Belgique, n° 8 au Royaume-Uni, n° 10 en Suisse, n° 13 en Autriche, n° 14 en Allemagne, n° 17 en France

Contexte : le dernier single d'un premier album triomphal

Les Communards sont un duo improbable et parfaitement complémentaire : Jimmy Somerville, falsetto immédiatement reconnaissable, militant gay écossais qui vient de quitter Bronski Beat, et Richard Coles, multi-instrumentiste de formation classique — celui-là même qui deviendra plus tard prêtre anglican et figure médiatique de la BBC. Le nom du groupe renvoie aux communards de Paris en 1871, déclaration d'intention politique assumée, tout comme la date de sortie de leur premier album : le 14 juillet 1986.

L'année est faste. Communards enchaîne quatre singles, dont une reprise disco de « Don't Leave Me This Way » qui devient numéro un et le 45 tours le plus vendu de l'année au Royaume-Uni. « So Cold the Night » arrive en dernier, en novembre, et confirme le succès avec une huitième place — leur deuxième top 10 britannique — ainsi que de solides classements dans toute l'Europe continentale.

Musicalement, le morceau est une curiosité. Sur un tempo hi-NRG effréné, Somerville et Coles greffent une mélodie mineure aux inflexions d'Europe de l'Est, portée par un motif d'accordéon et de cordes qui évoque autant la musique balkanique que le dancefloor londonien. À sa sortie, Record Mirror soulignait déjà cette collision entre danse électronique et folklore. C'est ce qui distingue le titre des reprises du duo : ici, tout est original, et l'étrangeté est voulue.

L'anecdote : une face B dédiée à Nelson Mandela

Les Communards n'ont jamais séparé musique et engagement, et la face B du single le rappelle : « When the Walls Come Tumbling Down », signée elle aussi Somerville-Coles, est explicitement dédiée à Nelson Mandela, alors emprisonné depuis plus de vingt ans. La mention figure sur les pochettes et les labels des différents pressages, y compris l'édition gatefold limitée vendue comme souvenir de la tournée britannique de l'hiver 1986, qui reproduisait les paroles et les dates de concerts.

Le titre a par ailleurs connu une vie de club particulièrement fournie : version longue de plus de neuf minutes, remix club sorti en décembre 1986, et un « Multimix » enchaînant « Don't Leave Me This Way », « So Cold the Night » et « Disenchanted ». Une pratique typique du milieu des années 80, où un même morceau existait en autant de versions qu'il y avait de formats.

De quoi parle la chanson ?

Le titre annonce le froid, mais la chanson brûle. Le narrateur est posté à sa fenêtre et observe celle d'en face, tremblant, tendu, guettant nuit après nuit la silhouette de l'autre qui se déshabille. Il ne s'agit pas d'un souvenir ni d'une rupture : c'est une attente, vécue à distance, dans une position de voyeur assumé qui mêle le désir et la honte de regarder.

Le refrain fonctionne comme une promesse répétée pour tenir : bientôt ils seront réunis, et en attendant, la nuit est glaciale. Le froid n'est pas météorologique, c'est celui de l'absence et du lit vide. L'insistance du procédé — la formule martelée jusqu'à l'épuisement sur la fin — traduit exactement ce qu'elle décrit : quelqu'un qui se répète la même phrase pour supporter le temps qui ne passe pas.

Le détail décisif arrive dans le pont, où l'être désiré est nommé comme un amant secret. Tout s'éclaire alors : ce n'est pas seulement de l'attente, c'est de la clandestinité. La relation ne peut pas exister au grand jour, elle se vit par la fenêtre, en différé, dans le fantasme et la prière que le bon moment arrive enfin. Le narrateur pense d'ailleurs que l'autre sait qu'il est là et qu'il regarde — un accord tacite entre deux personnes qui ne peuvent pas faire davantage.

Chanté par Jimmy Somerville en 1986, ce sous-texte n'a rien d'obscur. C'est le portrait d'un désir homosexuel qui ne peut pas se dire publiquement, à une époque où l'Angleterre s'apprête à voter la Section 28 et où l'épidémie de sida achève de désigner les gays comme suspects. Le duo a toujours revendiqué une écriture frontale ; là où leurs reprises jouaient de l'ambiguïté, leurs propres morceaux placent l'auditeur directement dans la situation. La performance vocale fait le reste : ce falsetto tendu, presque douloureux, transforme une chanson de danse en aveu — on danse dessus, mais on y entend quelqu'un qui attend seul dans le noir.

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