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« My Life » (1978) — Billy Joel
Fiche d'identité
Interprète : Billy Joel
Auteur-compositeur : Billy Joel
Album : 52nd Street (6ᵉ album studio), sorti le 11 octobre 1978
Sortie en single : octobre 1978
Face B : « 52nd Street »
Label : Columbia
Durée : 4 min 44 (version album), 3 min 50 (version single)
Production : Phil Ramone
Enregistrement : A & R Recording, New York, juillet-août 1978
Musiciens : Billy Joel (chant, piano acoustique, piano électrique Yamaha CP-70, synthétiseurs), Liberty DeVitto (batterie), Doug Stegmeyer (basse), Russell Javors (guitare acoustique), Richie Cannata (saxophone, orgue, clarinette)
Chœurs : Peter Cetera et Donnie Dacus (Chicago)
Meilleurs classements : n° 3 au Billboard Hot 100 (pendant trois semaines), n° 2 au classement Adult Contemporary, n° 3 au Canada
Contexte : l'album d'après le triomphe
The Stranger (1977) avait fait de Billy Joel une star. Le problème d'un tel succès, c'est la suite : Columbia attendait logiquement un disque taillé sur le même patron. Joel a raconté avoir ressenti cette pression et avoir décidé de faire exactement l'inverse — suivre son instinct plutôt que la formule. Le résultat est 52nd Street, un album plus jazz, plus new-yorkais, dont le titre renvoie à la rue de Manhattan qui abritait alors le siège de CBS/Columbia et qui fut le cœur historique des clubs de jazz de la ville. Le pari est gagnant : l'album décroche le Grammy du disque de l'année et devient numéro un aux États-Unis.
« My Life » ouvre les hostilités comme premier single, publié en octobre 1978. Le morceau grimpe jusqu'à la troisième place du Billboard Hot 100 et devient l'un des titres les plus diffusés en radio de tout le catalogue de Joel. Musicalement, tout repose sur un riff de clavier joué à la main droite, qui sert d'introduction, de transition entre couplet et refrain, puis de conclusion — une signature immédiatement reconnaissable, posée sur un empilement de piano acoustique, de piano électrique Yamaha CP-70 et de synthétiseurs qui donne au morceau sa brillance très fin des années 70.
Le contexte biographique n'est pas anodin : cette chanson sur le droit de mener sa vie comme on l'entend est écrite par un homme qui vient précisément de refuser de refaire deux fois le même album.
L'anecdote : les chœurs empruntés au groupe d'à côté
Les harmonies aiguës qui portent le pont et la fin du morceau ne sont pas celles du groupe habituel de Joel. Elles sont chantées par Peter Cetera et Donnie Dacus, alors tous deux membres de Chicago, qui enregistraient dans le même complexe de studios et sont venus prêter leur voix. Le procédé était courant dans le New York de l'époque — c'est d'ailleurs une rencontre du même genre, dans les couloirs des studios A & R, qui avait permis à « Just the Way You Are » de survivre au montage de The Stranger. Sur la fin de « My Life », ce sont ces voix qui martèlent le refus final avec Joel, transformant une affirmation individuelle en chœur collectif.
Autre vie du morceau : il a servi de générique à la sitcom américaine Bosom Buddies (1980-1982), qui révéla un jeune Tom Hanks — mais dans une version réenregistrée par un autre chanteur, ce qui explique que la chanson soit absente des éditions DVD de la série pour des raisons de droits.
De quoi parle la chanson ?
C'est une chanson sur le droit de ne rien devoir expliquer. Le narrateur commence par raconter l'histoire d'un autre : un ami qui a tout plaqué du jour au lendemain — boutique fermée, maison vendue, billet pour la côte Ouest — et qui gagne désormais sa vie en montant sur scène à Los Angeles pour faire rire les gens. Le personnage a réellement existé, même si son identité prête à discussion : la rumeur la plus répandue désigne l'humoriste Richard Lewis, tandis que Joel a par ailleurs évoqué un ami parti en Californie faire du stand-up avant de devenir producteur de télévision.
Le premier couplet installe donc la figure de celui qui coupe les ponts et refuse de justifier son choix. On lui téléphone, on lui demande des comptes, il répond qu'il va bien et n'en dira pas plus. Le refrain généralise ce refus et le retourne vers l'auditeur : peu importe ce qu'on peut en penser, c'est sa vie, et le jugement des autres n'a plus prise.
Le morceau tient dans le contraste entre l'insolence du propos et la bonne humeur de la musique. Là où une chanson d'indépendance aurait pu se durcir en règlement de comptes, celle-ci est enjouée, dansante, presque légère — Billboard la décrivait à l'époque comme un titre entraînant qui met de bonne humeur. C'est ce décalage qui la rend efficace : l'affirmation n'a rien d'amer, elle a la tranquillité de quelqu'un qui a déjà pris sa décision.
Le mouvement final ajoute une nuance intéressante. Le narrateur ne demande pas seulement qu'on lui fiche la paix, il concède aussi à l'autre le droit de garder ses opinions pour lui — chacun sa vie, chacun ses affaires. La chanson passe ainsi d'un « laissez-moi tranquille » adressé à un entourage envahissant à quelque chose de plus large : une revendication d'autonomie qui vaut aussi bien pour l'ami parti à Los Angeles que pour le chanteur qui refusait de rejouer son album précédent.