Deux indemnités distinctes, deux logiques différentes — mais toutes deux dues au salarié en CDD à l'issue de son contrat. Voici ce qu'il faut savoir pour ne pas se faire avoir.
L'indemnité compensatrice de congés payés : un droit acquis dès le premier jour
Contrairement à une idée reçue, la durée d'un CDD n'a aucune incidence sur le droit aux congés payés. Qu'il s'agisse d'un contrat de trois jours ou de dix-huit mois, le salarié accumule 2,5 jours ouvrables de congés payés par mois de travail effectif, exactement comme en CDI.
Le problème, c'est que la brièveté des contrats courts laisse rarement le temps de poser ces congés. La loi a prévu la réponse : si le régime des congés en vigueur dans l'entreprise ne permet pas au salarié de les prendre effectivement, l'employeur doit lui verser une indemnité compensatrice de congés payés (ICCP).
Quand est-elle versée ?
Elle est versée à la fin du contrat, avec le solde de tout compte. Une seule exception : si le CDD est immédiatement suivi d'un CDI chez le même employeur, les congés non pris basculent dans le régime général de l'entreprise. Dans ce cas, l'indemnité n'est pas versée, et le salarié prend ses congés comme n'importe quel salarié permanent.
Attention : si le salarié a déjà pris l'intégralité des congés auxquels il avait droit, il ne peut pas prétendre à l'indemnité compensatrice.
Comment la calculer ?
L'employeur applique la méthode la plus favorable au salarié entre deux règles :
- La règle du 1/10e : l'indemnité est égale à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant toute la durée du contrat. Cette méthode est souvent avantageuse lorsque le salarié a effectué des heures supplémentaires.
- La règle du maintien de salaire : on calcule ce que le salarié aurait perçu s'il avait travaillé pendant ses congés. Cette méthode tend à être plus favorable en cas d'augmentation de salaire en cours de contrat.
Exemple concret : un salarié a perçu 18 300 € bruts sur 10 mois. Son indemnité compensatrice de congés payés sera d'au moins 1 830 € (18 300 × 10 %).
À noter pour les employeurs : la simple production des bulletins de paie ne suffit pas à prouver le versement de l'indemnité. Des justificatifs comptables sont nécessaires.
L'indemnité de fin de contrat : la fameuse « prime de précarité »
C'est la contrepartie financière de l'instabilité inhérente au contrat à durée déterminée. Appelée couramment prime de précarité, elle est versée au terme du CDD dès lors que la relation de travail ne se poursuit pas en CDI.
Son montant : 10 % du salaire brut total
L'indemnité de fin de contrat est égale à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la durée du contrat, heures supplémentaires et primes incluses. Elle est calculée avant l'indemnité compensatrice de congés payés et est soumise aux cotisations sociales ainsi qu'à la CSG-CRDS.
Ce taux peut être ramené à 6 % si un accord collectif de branche étendu prévoit en contrepartie un accès privilégié à la formation professionnelle.
En cas de renouvellement du CDD, la prime est due à l'issue du renouvellement. En cas de succession de CDD distincts, elle est due à chaque fin de contrat.
Les cas où la prime de précarité n'est pas due
La loi prévoit plusieurs exceptions :
- Le salarié est embauché en CDI à l'issue du CDD (avec conservation de l'ancienneté).
- Le salarié refuse un CDI proposé par l'employeur dans des conditions équivalentes. Depuis le 1er janvier 2024, l'employeur doit signaler ce refus à France Travail. Deux refus en 12 mois peuvent entraîner la perte des allocations chômage — un dispositif validé par le Conseil d'État en 2025.
- Le contrat est un CDD saisonnier ou un CDD d'usage (secteurs de l'audiovisuel, de la restauration, du tourisme, etc., listés à l'article D. 1242-1 du Code du travail).
- Le contrat est un contrat de formation : apprentissage, professionnalisation, contrat unique d'insertion.
- Le CDD a été conclu avec un jeune pour une période correspondant à ses vacances scolaires ou universitaires — attention toutefois : si le contrat s'étend au-delà des vacances ou si le salarié travaille en parallèle de ses cours, la prime reste due.
- Le salarié rompt le CDD avant son terme pour rejoindre un CDI chez un autre employeur.
Bon à savoir : si la rupture anticipée est du fait de l'employeur, le droit à la prime de précarité est maintenu. Et même si le CDD est par la suite requalifié en CDI par les tribunaux, l'indemnité déjà versée reste acquise au salarié (Cour de cassation, 24 septembre 2025).
Ce que l'employeur doit remettre en fin de CDD
Au-delà des deux indemnités, l'employeur est tenu de remettre au salarié un ensemble de documents :
- Le solde de tout compte (qui doit mentionner les deux indemnités)
- Le certificat de travail
- L'attestation France Travail (ex-Pôle emploi) pour faire valoir les droits au chômage
- Un état récapitulatif de l'épargne salariale si un dispositif existe dans l'entreprise
En résumé : deux indemnités cumulables

Ces deux indemnités sont bien distinctes et cumulables : un salarié en fin de CDD peut percevoir les deux simultanément, pour peu que les conditions soient réunies. En cas de litige, le Conseil de Prud'hommes peut être saisi dans un délai de 6 mois après signature du solde de tout compte, ou 3 ans en l'absence de signature.
Sources